samedi 6 avril 2013

Awa Faly Bâ, coordinatrice des programmes de l’Ied : « La Régénération naturelle assistée a amélioré la structure des sols et la production »

La coordinatrice des programmes de l’Innovation environnement développement (Ied), Awa Faly Bâ, vante les bienfaits de la Régénération naturelle assistée (Rna). Cette technique consiste à laisser les espèces végétales se régénérer dans leur milieu naturel et, en cas de besoin, l’homme apporte un coup à la restauration. Pour elle, cela a permis de jeter les bases d’une symbiose entre les pratiques agricoles et forestières.
Parlez-nous des enjeux de la promotion de la Régénération naturelle assistée.
«Le premier enjeu, c’est que nous sommes dans une zone sahélienne absolument soumise aux fluctuations et aux changements climatiques. En dehors de ces changements climatiques, nous avons un défi majeur de sécurité alimentaire auquel il faudra ajouter celui de la démographie qui est en croissance continue, posant ainsi l’exigence de la nourriture pour les populations et la préservation de l’environnement. Par rapport à tout cela, beaucoup de choses ont été faites ces dernières années. Nous avons essayé de pratiquer toute sorte d’agriculture : une agriculture intensive et une production intensive. Nous avons également fait des reboisements. Mais nous avons remarqué que les résultats ont été mitigés. Car nous intensifions souvent l’agriculture et la production au détriment de l’environnement.
Lorsque vous plantez une dizaine d’arbres, un seul survit. Nous nous sommes rendu compte que les communautés ont des pratiques qui ont été remises au goût du jour. Nous leur avions fait abandonner ces pratiques dans le cadre de la promotion de l’agriculture intensive. Elles ont repris cette pratique qui est la valorisation de l’arbre dans les champs. Avant, nous leur demandions de dessoucher. Elles se sont rendu compte qu’en le faisant, elles fragilisaient la structure du sol. Aujourd’hui, les communautés sont en train de protéger les petites pousses. Elles protègent les arbres qui poussent naturellement dans les champs afin de créer une nouvelle symbiose entre la pratique agricole et la pratique forestière».
Quels sont les impacts de la Rna au Sénégal ?
«Nous avons constaté le retour du couvert végétal ; ce qui est impressionnant. Une amélioration de la structure des sols et celle de la production a été aussi notée. Des expériences portées par l’Ied et une dizaine d’organisations, parmi lesquelles celles paysannes, travaillent à cette Régénération naturelle assistée. Les photos satellites montrent qu’il y a des effets réels de cette pratique qui ne coûte pas de l’argent, mais qui nécessite une sécurisation foncière. Une sécurisation de l’accès aux intrants pour l’agriculture est l’objet de cet atelier».
Existe-t-il des contraintes au niveau de la Rna ?
«La première contrainte, c’est la sécurisation foncière. Les producteurs ont peur de continuer à maintenir les arbres dans leurs champs parce qu’ils pensent que, à un moment donné, le Service des eaux et forêts viendra leur dire qu’ils n’ont plus la possibilité de gérer cet arbre comme ils le veulent. La propriété sur l’arbre est un problème. L’autre chose, c’est le foncier. Aujourd’hui, la valorisation des terres posent des enjeux du point de vue du foncier. Nous avons la question de la réforme foncière qui n’est pas encore réglée. C’est un problème. L’information et la sensibilisation sont aussi des défis pour que l’on puisse passer des expériences isolées intéressantes à des expériences majeures, afin qu’elles soient intégrées dans la stratégie de politique agricole au Sénégal et qu’il y ait une impulsion de la pratique de la Régénération naturelle assistée».
Peut-on dire que la Rna est une alternative au reboisement ?
«On pourrait l’avancer. Il faudrait repenser la façon de faire le reboisement. Il faut le faire de manière cohérente et ne plus amener des espèces exogènes. En outre, il faudra protéger l’existant avant de faire de nouveaux reboisements. Il y a des espèces qui se régénèrent naturellement. Lorsque vous abandonnez un champ pendant quelques temps, vous arrêtez de décercler, il se régénère naturellement. Le taux de survie de ces espèces et plantes qui réussissent à braver le stress hydrique, les dures conditions du Sahel est très élevé dans la Rna et cela coûte moins cher».
Comment passez à l’échelle ?
«Il faut la mobilisation de grandes ressources pour le passage à l’échelle. Pour pratiquer la Rna sur les différentes zones agro-écologiques, il faut renforcer la dynamique qui est en cours, en créer une entre les ministères en charge de l’Agriculture et de l’Environnement, et les mettre en lien avec les initiatives paysannes actuelles. Il serait aussi bon que nous puissions avoir un cadre institutionnel qui reconnaît la Rna, à l’instar des autres pratiques agro-forestières, comme une pratique qui favorise une meilleure agriculture. Nous avons besoin de cette reconnaissance légale pour avoir un cadre qui permet de diffuser cette approche».

Propos recueillis par Idrissa SANE

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