vendredi 7 décembre 2012

Agriculture : Abdoulaye Baldé annonce une suppression progressive de la subvention des semences

Abdoulaye BALDE Ministe de l'agriculture
et de l'equipement rural

Le budget du ministère de l’Agriculture et de l’Équipement rural, voté hier par les députés, a connu une hausse exceptionnelle de 45,24%. Le ministre annonce une suppression « dégressive » de la subvention des semences.

Le budget du ministère de l’Agriculture et de l’Équipement rural, voté hier par les députés, est arrêté à la somme de 132,58 milliards de FCfa pour l’exercice 2013 contre 91,28 milliards en 2012, soit une hausse de 41,29 milliards en valeur absolue et 45,24% en valeur relative. « Il s’agit d’une hausse exceptionnelle qui dénote de la volonté du président de la République de faire de l’agriculture un moteur de développement », commente Abdoulaye Baldé, ministre de l’Agriculture et de l’Équipement rural. Face aux députés, le ministre de l’Agriculture et de l’Équipement rural a annoncé une suppression « dégressive » de la subvention des semences. Selon Abdoulaye Baldé, les ressources actuellement consacrées à la subvention des semences pourront ainsi être réorientées pour faciliter aux producteurs l’acquisition d’engrais et de matériel agricole. « Les ressources restent dans le secteur, on les réoriente seulement, assure-t-il. L’option du gouvernement, c’est d’aller d’abord vers la reconstruction du capital semencier. Et pour cela, il y a une réorientation des ressources qu’il va falloir faire ». 
Concernant l’engrais, dit-il, l’option du gouvernement, c’est une production locale en quantité et en qualité suffisantes et à des prix accessibles. Et, « s’il y a un gap, on procédera à des importations stratégiques ». Pour ce qui est des équipements agricoles, « nous allons veiller à ce que le matériel arrive aux vrais bénéficiaires ; nous allons mettre en place un programme d’accompagnement avec un fonds de bonification et de garantie pour rendre le matériel plus accessible avec un financement bancaire pour réduire les taux [d’intérêts] et permettre aux producteurs moyens et aux petits producteurs d’accéder au matériel en fonction de leurs besoins ». « Nous veillerons aussi, s’il y a une distribution de matériel, à ce que cela repose sur une justice sociale. Nous allons dégager des critères sensibles même au genre », ajoute le ministre.

Option autosuffisance en riz et maïs en 2018
Concernant l’accessibilité aux terres agricoles, le ministre relève le fait que son département n’affecte ni ne désaffecte de terres ; c’est une prérogative des collectivités locales. « Mais en attendant la réforme foncière, nous entendons mettre en place des contrats de mise en valeur des terres en rapport avec les collectivités qui disposent d’un plan d’occupation et d’affectation des sols pour sécuriser les producteurs, surtout les investisseurs ». Pour aller à l’autosuffisance en riz et en maïs, une « option majeure » du département de l’agriculture, il se fixe l’horizon 2018. « Aujourd’hui, notre production intérieure est de l’ordre de 400.000 tonnes, nous importons 800.000 tonnes, si nous triplons les rendements, nous pouvons assurer l’autosuffisance en riz. Idem pour le maïs ». Chaque année, le Sénégal importe pour 235 milliards de FCfa en céréales (essentiellement le riz, le blé et le maïs) et 35 milliards pour les fruits et légumes. 
Sur la question de la formation et de l’emploi, Abdoulaye Baldé annonce la création d’un centre de formation pratique aux métiers agricoles et l’installation de lycées agricoles pour rendre la formation beaucoup plus adéquate par rapport aux besoins du secteur. À travers les fermes villageoises, 2.000 emplois directs ont été créés ainsi que 7.000 emplois indirects. « D’ici trois ans, nous pouvons arriver à 10.500 emplois », notamment grâce à l’aménagement de 120 autres fermes villageoises.
Selon le ministre de l’Agriculture et de l’Équipement rural, l’arachide va continuer à jouer un rôle important. « Nous n’allons pas la [filière arachidière] sacrifier mais plutôt la renforcer puisque c’est une filière qui permet de distribuer des revenus en milieu rural et périurbain et de créer des emplois dans l’industrie », justifie Abdoulaye Baldé. Il est aussi revenu sur l’opération « Tek Teggi » pour dire qu’il n’y aura pas de bons impayés. « Les 190 FCfa [le prix du kilogramme d’arachide], c’est un prix d’équilibre qui tient compte des besoins de tous les acteurs économique », dit-il. Les députés ont aussi soulevé le problème de l’agrobusiness qui, selon certains, concurrencerait les exploitations familiales. « L’agrobusiness ne concurrence pas les exploitations familiales. En tout cas, il n’est pas question de sacrifier l’un pour l’autre », leur répond le ministre.           

 Abdoulaye Daouda DIALLO, ministre du budget : « Faire des investissements structurants »
« Concernant les subventions aux semences, cette année, nous avons dégagé 34 milliards de FCfa alors que rien n’était prévu dans le budget. Pour les années à venir, nous avons décidé de changer d’orientation parce que nous avons pensé qu’il n’est pas tenable, chaque année, de reprendre une même opération. Il faut qu’on trouve définitivement une solution à cela. Nous avons pensé que pour développer l’agriculture, il faut des intrants structurants à savoir le matériel agricole. On va y consacrer tous les investissements nécessaires. Si nous avons décidé de porter le budget du ministère de l’Agriculture à un niveau jamais égalé, ce n’est pas pour faire dans des subventions répétitives mais c’est plutôt pour faire des investissements structurants ; ce que nous pensons être la bonne option. Par rapport à la subvention du prix de vente de l’arachide, c’est un prix qui n’a jamais été atteint. Nous l’avons calculé en prenant en compte le cours de l’arachide sur le marché international et pour protéger les industriels locaux tout en rémunérant les producteurs au juste prix. Pour dire que des efforts exceptionnels ont été faits et continueront à être faits pour assurer le développement du monde agricole ».                                      

Seydou KA
LE SOLEIL

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