samedi 7 juin 2014

Vincent Martin, Représentant-Résident de la FAO au Sénégal: « Nous allons mettre en place des projets spécifiques dans les zones touchées par l’insécurité alimentaire »

L’organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (Fao) est l’un des partenaires stratégiques du gouvernement du Sénégal dans le domaine de l’agriculture en générale, pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Dans cet entretien, son représentant au Sénégal, Vincent Martin, revient sur le Cadre programmatique pays (Cpp) qui vient d’être lancé et qui définit les axes de collaboration avec le gouvernement du Sénégal sur la période 2013-2017

Monsieur le représentant, vous avez lancé et validé, récemment, le Cadre programmatique pays (Cpp) qui définit les axes de collaboration avec le gouvernement du Sénégal sur la période 2013-2017. Quelles sont les grandes priorités de ce programme ?
C’est un programme qui définit nos axes de collaboration avec le gouvernement du Sénégal dans le domaine de l’agriculture en général et notamment les productions végétales et animales, la pêche, l’aquaculture et l’environnement. C’est donc un programme relativement complet qui nous amène à travailler avec plusieurs ministères, comme celui de l’Agriculture, de la Pêche, de l’Elevage et de l’Environnement. Il définit les axes stratégiques de travail avec le gouvernement entre 2013 et 2017 et qui est calqué, à la fois, sur les priorités établies par le gouvernement, mais aussi les capacités techniques et l’expertise que la Fao a à offrir au Sénégal. Dans ce programme, nous avons défini trois grands domaines prioritaires. Le premier, c’est la gouvernance de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et l’amélioration de la productivité et la modernisation de l’agriculture en général. Le deuxième domaine prioritaire, c’est la gestion durable et la restauration des ressources naturelles et de l’environnement, c’est-à-dire tout ce qui a trait à l’agriculture durable et à la préservation des ressources naturelles. Et le troisième domaine prioritaire est axé sur la réponse aux crises et la construction de la résilience pour améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle de façon durable et proposer un modèle de réponse de développement durable des populations vulnérables.

Ce programme devait être lancé fin 2013. Pourquoi avoir retardé son lancement ?
Nous avons retardé le lancement du Cpp pour une raison simple : il y a eu des changements gouvernementaux en 2013 avec de nouvelles orientations fortes dans le domaine de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, de la protection sociale, de l’emploi des jeunes. Nous avons  voulu, à tout prix, revoir notre document de Cpp pour intégrer ces nouvelles orientations et être le plus possible en phase avec les priorités du gouvernement.

Et avec cette révision, quels sont les changements importants apportés au Cpp ?
Ce qui a été ajouté, c’est par exemple le programme phare du ministère de l’Agriculture : le Pracas (Programme de relance et d’accélération de la cadence de l’agriculture sénégalaise). Il n’apparaissait pas dans notre ancien Cpp puisqu’il est élaboré avant l’arrivée de l’actuel ministre de l’Agriculture et de l’Equipement rural, le Dr Pape Abdoulaye Seck. Il nous paraissait nécessaire, au vu de l’importance du Pracas et du rôle joué par l’agriculture dans le développement économique du Sénégal, d’avoir un Cpp qui reflète les axes stratégiques de ce programme. La deuxième raison qui nous a conduits à retarder le lancement du Cpp, est le Plan Sénégal émergent qui n’existait pas en août dernier. Il nous paraissait donc important aussi de nous calquer sur les grandes orientations du Pse et son volet agricole plus particulièrement.

Est-ce que le retard du lancement de ce programme ne pourrait pas avoir des impacts négatifs sur vos objectifs  de départ ?
Bien au contraire, cela nous permettra d’être plus pertinent et plus proche des préoccupations des populations et du gouvernement. Par ailleurs, nous avons déjà commencé à mettre en place notre Cpp qui s’aligne aussi sur les cinq grands Objectifs stratégiques de la Fao définis au niveau global. Nous n’avons pas arrêté nos activités pendant cette période de transition, nous avons continué voire renforcé celles qui étaient déjà en phase avec les grandes orientations du gouvernement sénégalais.

Et depuis lors, qu’est-ce que vous avez concrètement fait dans le déroulement du Cpp ?
Dans les trois grands axes prioritaires, nous avons mis en place des projets qui entrent dans les trois domaines prioritaires et que l’on peut mettre à notre actif. Dans le domaine prioritaire numéro 1, nous travaillons en étroite collaboration avec le ministère de l’Agriculture notamment sur l’approche Gestion intégrée de la production et des déprédateurs (Gipd) à travers les champs-écoles paysans associés aux Clubs d’écoute communautaires. C’est un programme lancé depuis quelques années et que nous avons décidé de continuer et de renforcer cette année. Il permet aux agriculteurs de produire plus avec moins d’intrants agricoles, moins de pesticides et donc d’aboutir à une production améliorée et plus saine pour les consommateurs. C’est un de nos projets phare qui s’articule autour de l’agriculture saine et durable. Nous avons aussi travaillé sur des activités de reconstitution du capital semencier et de production de semences certifiées à travers un projet conjoint avec l’Unicef et le Pam financé par le Canada. On assiste le gouvernement à reconstituer son capital semencier et faire en sorte de produire et mettre à disposition des agriculteurs des semences certifiées de bonne qualité pour produire plus et dans de meilleures conditions. Nous sommes intervenus, entre autres, dans les régions de Sedhiou, de Tambacounda et de Ziguinchor pour la production et le stockage de semences certifiées, sur la Gipd et sur l’agriculture durable dans la vallée du fleuve mais aussi dans la région de Kédougou. Nous avons continué nos  activités dans le domaine de l’aquaculture, ce qui entre dans le cadre de notre domaine prioritaire numéro 2. Nous soutenons  le gouvernement et plus particulièrement le ministère de l’Environnement et la direction générale de l’aquaculture à développer la production aquacole à travers un soutien auprès des fermes aquacoles, des écloseries qui permettent de produire des alevins de qualité et soutenons également des entreprises de production d’aliments de poisson. C’est une activité importante car elle est génératrice de revenus et permet de diversifier les revenus et aux populations qui vivent dans les zones vulnérables d’avoir un complément alimentaire en ayant accès à des protéines animales de qualité, dans des zones qui souffrent d’insécurité alimentaire. Ces différents projets ont un impact positif sur les populations rurales et vulnérables. Nous avons travaillé aussi sur le renforcement du micro-jardinage dans l’agriculture urbaine et périurbaine. Nous l’avons mis en place grâce à la Coopération italienne, la ville de Milan et en soutien à la Mairie de Dakar. Nous avons continué à faire des formations pour les femmes en micro-jardinage dans la périphérie de Dakar en 2013. Pour le troisième axe prioritaire qui tourne autour de la question de la résilience et de la réponse aux urgences, nous avons assisté le gouvernement et plus particulièrement le Conseil national à la sécurité alimentaire, en étroite collaboration avec d’autres agences des Nations Unies et partenaires de l’humanitaire, à élaborer un plan stratégique de réponse à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle pour l’année 2014. Suite à la validation de ce plan, récemment, au cours d’un conseil interministériel, nous allons mettre en place des projets spécifiques de réponse à l’insécurité alimentaire dans les zones qui sont touchées par ce phénomène et qui risquent d’avoir un problème de soudure avant la campagne agricole. Nous avons mobilisé, sur nos fonds propres, un projet de coopération technique de la Fao pour un montant de 500.000 dollars qui va nous permettre de distribuer des intrants agricoles en ciblant les populations les plus vulnérables pour qu’elles puissent faire face à ce problème de soudure. Nous allons aussi intervenir dans la sécurisation du cheptel à travers des fonds mis à disposition par le Japon. En ce qui concerne la résilience, nous allons continuer à travailler, toute l’année et l’année prochaine également, sur la mise à l’échelle d’un programme soutenu par le Brésil à savoir le Paa (African purchase from Africa). Ce projet est géré conjointement avec le Programme alimentaire mondial et nous permet d’augmenter la production agricole en l’occurrence dans la zone de Kédougou. Grâce à l’approche Gipd/champ école paysans, ce projet a permis de multiplier, par trois, la production agricole dans certaines zones. Cette production est ensuite rachetée par le Pam pour être mise à disposition des cantines scolaires, permettant ainsi de mieux nourrir les enfants dans la zone de Kédougou. L’idée ici est  de passer à l’échelle et de toucher d’autres zones agro-écologiques du Sénégal.

Pensez-vous que les différentes politiques mises en place puissent permettre à l’agriculture sénégalaise de prendre enfin son envol ?
Bien sûr. L’agriculture a été mise au centre du développement économique. Elle occupe d’ailleurs une place de choix dans le Pse. Beaucoup d’attention est apporté à l’agriculture au Sénégal. A ce titre, le ministère de l’agriculture a mis en place le Pracas et nous sommes là pour l’accompagner dans cette démarche. Si tous les moyens sont mis en œuvre et si des financements conséquents sont investis dans l’agriculture, le Sénégal aura les moyens d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé. Le Sénégal a un grand potentiel agricole.

Propos recueillis par  Elhadji Ibrahima THIAM
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