mardi 28 mai 2013

Conseil interministériel sur le capital semencier : 8 milliards de FCfa pour des graines sélectionnées


Le Premier ministre, Abdoul Mbaye, a présidé, hier, un Conseil interministériel consacré à la reconstitution du capital semencier sénégalais. Le gouvernement compte s’appuyer sur ce pilier pour relancer l’agriculture qui, selon lui, n’a pas connu des progrès significatifs, malgré les fortes sommes injectées dans le secteur.
« Pour faire repartir le secteur agricole, nous avons besoin d’agir sur un certain nombre de paramètres. Et parmi ceux-ci figurent, en bonne place, les semences », a déclaré hier le Premier ministre Abdoul Mbaye, au cours d’un Conseil interministériel sur le capital semencier, en présence des ministres de l’Agriculture et de l’Equipement rural, de l’Economie et des Finances et de celui de l’Elevage. En matière de semences, « il est indispensable de prendre des décisions qui valent rupture. L’arachide, pour de bons rendements, a besoin de graines certifiées, et cela n’existe pratiquement plus, aujourd’hui », a fait remarquer M. Mbaye. C’est pourquoi, il estime « urgent » et « impérieux » d’aller vers la production de semences certifiées. Nous allons continuer à soutenir l’agriculture en lui donnant plus d’efficacité et d’efficience, a-t-il promis.
Selon le chef du gouvernement, le capital semencier du Sénégal, à ce jour, connaît des insuffisances et ne permet pas d’atteindre les objectifs ambitieux qui ont été fixés par l’Etat pour les différentes spéculations de notre économie agricole. A en croire M. Mbaye, ce conseil a permis, d’abord, de faire un constat et de retenir qu’il était « indispensable » de s’engager dans un processus permettant, dans un nombre d’années réduit, de reconstituer le capital semencier, surtout celui de l’arachide. Cela suppose mettre les bouchées doubles, car souligne-t-il, le seul recours à une production pluviale ne peut pas permettre de reconstituer le capital semencier arachidier à l’échéance de 2015.
Par contre, relève le Premier ministre, si le Sénégal parvenait à avoir une culture irriguée, il pourrait, par des cycles successifs, traverser les différentes étapes qui permettent de passer à la pré-base vers la semence de graine certifiée. Pour le chef du gouvernement, il apparaît nécessaire de créer de la rupture dans l’utilisation des semences. « Nous avons été, en 2012-2013, à un niveau de production inférieur à 700.000 tonnes. Il n’y a pas eu de progrès dans la production arachidière, comparée aux années 60 », constate-il. Cela donne, à son avis, une idée de l’échec de l’agriculture du Sénégal, en particulier, la filière arachidière. Pour améliorer les rendements, le Premier ministre juge nécessaire de mettre en place une bonne semence, des engrais et des équipements matériels aux fins d’obtenir une productivité améliorée.

A cet effet, il a rappelé que le chef de l’Etat a demandé au gouvernement de mettre en place les politiques et stratégies idoines devant permettre de relever le niveau de production de l’agriculture sénégalaise. « Nous constatons, aussi, un échec en termes de performances, mais il est d’autant plus douloureux qu’il y a des sommes considérables qui ont été consacrées à l’agriculture ces dernières années », regrette le Premier ministre. Depuis 2000, en concours direct, le Sénégal a investi près de 400 milliards de francs Cfa dans l’agriculture. Sur ce total, précise-t-il, environ 200 milliards de FCfa ont été consacrés à l’arachide.

8 milliards de Fcfa de subvention pour des graines sélectionnées

L’Etat va consacrer près de huit milliards de FCfa à la subvention de graines sélectionnées, a annoncé le Premier ministre. A la place de graines de faible qualité, le gouvernement va désormais subventionner des semences qui garantissent une production de qualité, a fait savoir M. Mbaye. « Au lieu de subventionner des graines qui ne sont pas de vraies semences, nous allons désormais subventionner des semences qui garantissent une production de qualité aussi bien par la qualité de la graine que par les rendements », précise M. Mbaye.

De l’avis du Premier ministre, pour avoir de bons rendements, par exemple, l’arachide a besoin de vraies semences certifiées. Cela existait, en un moment donné, mais ce n’est pratiquement plus le cas aujourd’hui, selon le Premier ministre. Il est nécessaire et urgent d’aller vers la production de semences certifiées de qualité. « Conformément aux instructions du président de la République, on va continuer à soutenir l’Agriculture », précise M. Mbaye. Il ne s’agit pas, pour l’Etat, de se retirer de la subvention de l’agriculture mais de veiller à l’efficacité et à l’efficience de la dépense publique orientée vers le secteur.

Vers une contractualisation entre l’Etat et les producteurs de semences

« Nous allons passer à une contractualisation entre l’Etat et les producteurs de semences », a déclaré le Premier ministre Abdoul Mbaye qui explique cette option par le souci de mettre en place une véritable industrie semencière. L’Etat s’inscrit, selon le Premier ministre, dans une démarche qui est dégressive parce que cela devrait être l’avant dernière année d’utilisation de la subvention dans cette direction. « L’effort de subvention sera désormais fait au profit de la graine de qualité, qui va permettre, par sa qualité germinative, d’accroître la productivité du paysan », explique M. Mbaye. Cela va ainsi lui donner la capacité de relever la production et d’augmenter les revenus. Mais, précise Abdoul Mbaye, « nous n’avons pas souhaité faire une rupture trop brutale, c’est pourquoi, même si nous savons que cela n’est pas efficace, le président de la République a donné, comme instruction, de se mettre dans une démarche dégressive ou plutôt de réduction de la subvention qui soit progressive, et de report de cette subvention de la graine simple, même si elle est sélectionnée, vers la semence certifiée ». Dans cette optique, au-delà du renforcement des capacités de l’Institut de recherche agricole du Sénégal (Isra) en production de pré-base, l’Etat s’engage dans l’élargissement de la production de la pré-base à d’autres acteurs intéressés. L’Etat souhaite ainsi passer à une contractualisation. Cette logique d’élargissement obéit, selon le Premier ministre, au besoin de produire le maximum de semences certifiées.

Au terme de la réunion, un groupe de travail a été mis en place pour réfléchir sur les stratégies et actions futures. Il va présenter ses conclusions dans trois semaines. 

Adama Mbodj et Abdou Diaw
le soleil
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