lundi 7 janvier 2013

A Sandaga, les marchands tabliers favorables à l'appel de Touba Par Sokhna Diom


De jeunes "marchands ambulants" rencontrés jeudi dans le centre-ville de Dakar ont salué, en majorité, l’appel du Khalife général des mourides exhortant les désœuvrés des villes à retourner à l’agriculture, mais parmi ces vendeurs à la criée et ces étalagistes certains demandent à l’Etat d’accompagner les volontaires par la fourniture de matériel agricole.
A Sandaga et ses alentours, les activités reprennent de la forme. La plupart des marchands ambulants, des tabliers, porteurs et manœuvres qui avaient déserté la capitale sénégalaise sont de retour de la cité religieuse de Touba, située 194 km à l’Est de Dakar, où a été célébré mardi dernier le Magal.
A travers un pèlerinage, cet évènement commémore le départ en exil en 1895 de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké (1853-1927), fondateur du Mouridisme, une des principales confréries musulmanes au Sénégal. Serigne Touba a vécu sept ans au Gabon, suite à une mesure de déportation prise par les autorités coloniales françaises.
A la cérémonie de clôture du Magal, mercredi à Touba, le Khalife général des mourides, Cheikh Sidy Moctar Mbacké, par la voix de son porte-parole, Bassirou Abdou Khadre Mbacké, a appelé les populations désœuvrées en ville à retourner en campagne pour reprendre la culture de la terre, assurer leur survie et contribuer à l’autosuffisance alimentaire.
‘’L’agriculture peut rendre dignité et prospérité aux ruraux venus se perdre dans les centres urbains’’, disait-il, insistant sur la vertu du travail et de l’éducation. Le marabout a invité les chômeurs qui écument la capitale à retourner vers leur terroir et reprendre leurs activités culturales. A Dakar, l’écho de cet appel résonne encore auprès des "marchands ambulants".
Assis à même le sol, au pas d’un immeuble de la rue Jules Ferry, cinq jeunes garçons engagent une discussion en langue nationale sérère, parlant du manque d’emploi et d’argent, bref de leur infortune à Dakar. ‘’Les jeunes qui ont la possibilité de retourner à l’agriculture doivent le faire sans hésiter’’, soutient Malick.
‘’C’est toujours un plaisir de cultiver la terre. Nous sommes des paysans d’origine. Nous ne connaissons que la terre. Je retournerais volontiers dans mon village natal, vers Mbour, pour cultiver pendant l’hivernage. Je m’en irais, si les moyens de travail de la terre suivaient à l’appel du khalife’’, ajoute-t-il.
Pour Babacar Ndoye, vendeur d’objets d’arts sur l’avenue George Pompidou (ex-Ponty), contre mauvaise fortune, certains citadins seraient allés de bon cœur cultiver leurs choux. ‘’La plupart des jeunes qui viennent des villages sont prêts à cultiver les champs, s’ils ne trouvent pas ce qu’ils cherchent à Dakar.’’
De concert, Meïssa et Alioune saluent le "ndiguël", la consigne du khalife de Touba, prônant le retour vers l’agriculture. Ces jeunes gens affirment toutefois que cette invite nécessite pour son succès des mesures d’accompagnement aux initiatives des futurs volontaires en direction des exploitations agricoles.
‘’Il faut aller dans le sens de développer notre agriculture, mais en y mettant les moyens nécessaires’’, disent-ils, en chœur. Tous les deux invitent le guide des mourides qui a fait la proposition et l’Etat du Sénégal à trouver des équipements agricole aux futurs cultivateurs, tirés de l’engorgement des villes.
‘’Le message du khalife invite les populations, particulièrement les jeunes, à gagner leur vie de manière licite. Se lancer dans l’agriculture sera un moyen pour ces gens d’être stables et de ne plus traîner dans les artères de la capitale avec leurs marchandises à la recherche de modiques sommes’’, renchérit Meïssa.
Pour sa part, Alioune abonde dans le même sens que son collègue et voisin de table, indiquant qu’il gagnerait mieux sa vie et en moins de temps en allant cultiver des légumes ou des tubercules dans son village.
‘’On peut facilement gagner un million de francs CFA en cultivant une variété de légumes tels que la carotte, la patate, le chou, etc., que nous mangeons constamment dans le pays. Si tout le monde le faisait, nous aurions peut-être assuré la sécurité alimentaire’’, pense-t-il.
Cependant, Ibrahima, la quarantaine passée, a une autre perception de la consigne du guide des mourides. Il estime ne pas être concerné par l’appel de Touba, affirmant que le marabout s’adresse plutôt aux personnes sans activité ou à celles qui peinent à trouver un travail stable.
‘’Je ne me retrouve pas dans le +ndiguël+ du Khalife général Serigne Cheikh Sidy Moctar Macké. Moi, j’ai un travail et je m’en sors bien’’, révèle ce vendeur d’habillement et d’accessoires de femmes, trouvé devant son étal.

Mohammad (32 ans) salue l’invite du khalife, mais il tient à son travail à l’aéroport de Dakar. ‘’C’est une très bonne chose d’inciter les gens à retourner à la terre pour se nourrir. Tous les grands pays au monde sont passés par l’agriculture pour se développer.’’ Quant à faire le saut, cet employé prend des airs et marque le pas. ‘’La terre, je ne connais pas.’’
SDI/SAB
APS
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