jeudi 13 décembre 2012

Rapport 2012 de la FAO sur la situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture : Mettre les agriculteurs au centre de toute stratégie d’investissement agricole


Le dernier rapport de la Fao invite à investir davantage et mieux dans l’agriculture pour réduire la faim et la pauvreté dans le monde. Pour cela, il est nécessaire de mettre les agriculteurs au cœur de toute stratégie agricole

Les agriculteurs devraient être au centre de toute stratégie d’investissement agricole, estime l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) dans son dernier rapport sur « La situation mondiale de l'alimentation et de l’agriculture 2012 (Sofa) présenté avant-hier à la presse. Selon la Fao, investir davantage et mieux dans l’agriculture est l’un des meilleurs moyens de réduire la faim et la pauvreté, tout en assurant la sauvegarde de l’environnement. « Dans un monde qui compte plus d'un milliard d'agriculteurs, ces derniers - qui sont, en fait, les plus gros investisseurs dans l'agriculture - devraient être au centre de toute stratégie d'investissement agricole. Mais les investissements des agriculteurs sont souvent bridés par un environnement économique défavorable », déplore la Fao dans un communiqué. Selon José Graziano da Silva, directeur général de l’organisation onusienne, « une nouvelle stratégie d'investissement centrée sur les producteurs agricoles est absolument nécessaire », car « le défi consiste à canaliser les investissements vers des secteurs où ils peuvent faire la différence. Cela est important pour s'assurer que les investissements procurent des gains économiques et sociaux élevés tout en préservant durablement l'environnement ». D’après le rapport, les agriculteurs dans les pays à faibles et moyens revenus investissent dans leurs exploitations agricoles plus de 170 milliards de dollars par an, soit près de 150 dollars par personne. « C'est trois fois plus que toutes les autres sources d'investissement cumulées, quatre fois plus que les contributions du secteur public, et plus de 50 fois plus que l'aide publique au développement reçue par ces pays ».
La Fao trouve rentable l’investissement dans l’agriculture. Au cours des 20 dernières années, les pays ayant les taux les plus élevés d’investissement dans les exploitations agricoles ont obtenu les progrès les plus significatifs pour réduire la faim de moitié. Là où existent la faim et l’extrême pauvreté – Asie du Sud et Afrique subsaharienne, les taux d’investissement agricole ont stagné ou décliné ces trente dernières années. « Des données récentes montrent des signes d'amélioration mais l'éradication de la faim, notamment dans ces régions, et sa disparition durable nécessitent, à la fois, des augmentations substantielles du niveau des investissements dans les exploitations agricoles et des améliorations spectaculaires du volume et de la qualité de l'investissement public dans l'agriculture », explique le rapport.

Les agriculteurs pauvres confrontés à plusieurs obstacles
De nombreux obstacles se dressent devant les agriculteurs des pays à faibles et moyens revenus, comme la faiblesse des incitations à investir, qui s’explique souvent par la mauvaise gouvernance, l’absence d’un Etat de droit, un niveau élevé de corruption, des droits de propriété incertains, des pratiques commerciales arbitraires, une forte taxation de l’agriculture, des infrastructures rurales et services publics inadaptés et médiocres. Les petits exploitants sont parfois handicapés par leur extrême pauvreté, l’incertitude sur les droits de propriété et un faible accès aux marchés et services financiers. Pour surmonter ces obstacles afin de libérer tout le potentiel d’investissement des agriculteurs, la Fao recommande, dans son rapport, de se focaliser sur des priorités. D’abord, les gouvernements et leurs partenaires au développement doivent aider les petits exploitants agricoles à mobiliser leurs propres économies et à améliorer leur accès au crédit. Il faut renforcer les organisations de producteurs, comme les coopératives, ce qui aiderait les petits exploitants à faire face aux risques et à avoir un accès plus facile aux marchés.  La Fao recommande également une protection sociale qui contribue à améliorer les avoirs des agriculteurs pauvres.

Les gouvernements, deuxième source d’investissements agricoles, et les bailleurs de fonds sont invités à allouer les deniers publics à des postes de dépense fortement favorables à la croissance agricole, aux infrastructures rurales et à l’éducation. Le constat est qu’investir dans ces postes dans beaucoup de pays donne des rendements plus élevés que les subventions sur les intrants agricoles, tels que les engrais. La Fao invite les gouvernements et les organisations internationales, la société civile et les investisseurs à s’assurer que les grands investissements agricoles, comme l’acquisition de terres par des entreprises et des fonds privés, sont « transparents, responsables, bénéfiques socialement et durables écologiquement ». « Le mot clé est la bonne gouvernance. Nous devons faire en sorte que les investissements répondent à un certain nombre de conditions qui leur permettraient de contribuer à la sécurité alimentaire et au développement local durable », a déclaré le directeur général de la Fao.

Malick CISS
le soleil
Enregistrer un commentaire