dimanche 14 juillet 2013

MENACES SUR L’AGRICULTURE ET L’ELEVAGE : Les acteurs dénoncent le manque de moyens et d’investissements

THIES - (Envoyé spécial) De sérieuses menaces planent sur le secteur primaire. L’agriculture et l’élevage traversent des difficultés liées à un manque de moyens mais aussi d’investissements. Cette situation entre en contradiction avec la volonté affichée par le gouvernement de faire de ces deux secteurs les prochains leviers de la croissance économique du Sénégal. La recherche se trouve plombée par un manque criard de moyens techniques. Le même mal touche l’élevage. 

A l’Ecole nationale supérieure agricole (Ensa) de Thiès, la vétusté du matériel de recherche préoccupe beaucoup les scientifiques et ingénieurs qui y dispensent des cours aux élèves ingénieurs. Pour Madialaké Diédhiou, responsable du laboratoire agro alimentaire, c’est un défi majeur. «Si vous voyez dans nos universités, en plus des problèmes de locaux, nous avons essentiellement un problème d’équipements. Nous avons un personnel de recherche qui est compétent, mais très souvent, les équipements sont obsolètes», a-t-il déclaré lors de la visite d’un groupe de journalistes à l’Ensa. Pour lui, «on a beau être compétent mais quand on n’a pas l’équipement qu’il faut, il est difficile de faire des résultats». Toutefois, cela n’a pas été un motif pour cette équipe de chercheurs de baisser les bras. «Le moyen que nous avons trouvé, c’est de nous constituer en équipe et d’aller compétir au niveau international pour avoir des projets qui nous permettront de nous équiper», a-t-il fait comprendre. Une solution qui n’a pas séduit les responsables de l’Institut sénégalais de recherches agricoles (Isra). 

Pour Macoumba Diouf, le directeur général de l’Isra, ce n’est pas toujours une solution que de s’en ouvrir aux bailleurs. «Ma conviction est qu’on ne doit pas présenter ça à des partenaires, c’est très stratégique», a déclaré M. Diouf. Il parlait ainsi lorsqu’il évoquait le manque d’investissement qui risque de pénaliser l’envol du secteur de l’élevage. Les nouvelles autorités se sont fixées comme objectif de vacciner tout le cheptel d’ici à 2015. D’après l’Isra, Le cheptel du Sénégal est composé de 10 millions de petits ruminants, 5 millions de bovins et 20 millions de volailles. «L’objectif est de vacciner 50% du cheptel cette année, 80% l’année prochaine et 100% en 2015», a précisé le directeur de l’Isra. Macoumba Diouf a expliqué les raisons d’un bémol. «Cela représente des millions de doses. Techniquement, on a les capacités, les ressources humaines sont là. Mais il y a un problème d’équipement d’appareils», souligne-t-il. La conception et la fabrication des vaccins se font au Sénégal. Toutefois, cela nécessite des moyens appropriés : «Rien que pour un appareil, il faut ½ milliard de francs Cfa. L’Isra n’a pas les moyens de s’en procurer. Il faut que l’Etat investisse dans ce domaine, sinon les objectifs fixés dans le domaine de l’élevage ne seront pas atteints», a averti M. Diouf. 

Les experts du secteur primaire attendent du gouvernement des efforts consistants pour investir dans l’agriculture et l’élevage. Le président de la République avait promis le 26 février 2013 d’équiper tous les laboratoires de recherches du Sénégal. Une promesse qui tarde à se concrétiser.
Mbaye THIAM
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